Journée d'étude

« Intelligence artificielle et mutations du travail : quels enjeux pour la formation et la professionnalisation ? »

16 janvier 2026
9h - 17h30

2 rue Conté (Paris 3ᵉ) Salle 30.-1.18


Journée d’étude organisée par la thématique 1, Conservatoire national des arts et métiers, FoAP

L’intelligence artificielle (IA) bouleverse en profondeur le monde du travail, redéfinissant les contours des métiers, les compétences attendues et les formes d’organisation professionnelle. Dans un contexte marqué par une automatisation croissante des tâches, la montée en puissance des technologies prédictives et l’essor d’outils conversationnels ou décisionnels fondés sur l’IA, les transformations sont multiples : reconfiguration des rôles, redéfinition des qualifications, émergence de nouveaux métiers et disparition progressive de certains autres.

Ces mutations ne sont pas uniquement techniques. Elles s’inscrivent dans des dynamiques sociales, économiques et culturelles complexes, qui interrogent directement les processus de formation, d’insertion, d’orientation et d’accompagnement professionnel. Comment dès lors anticiper les besoins en compétences dans un monde du travail en recomposition ? Quelles approches pédagogiques mobiliser pour préparer les individus à évoluer dans des environnements hybrides, où humains et intelligences artificielles interagissent ? Comment repenser la professionnalisation à l’aune d’une société traversée par des logiques d’optimisation, de contrôle algorithmique et de délégation cognitive ?

Pour alimenter la réflexion autour de ces questionnements et mieux comprendre les enjeux liés à l’IA dans la reconfiguration des métiers et des pratiques professionnelles, la thématique 1 de l’unité de recherche Formation et Apprentissages Professionnels (FoAP – EA 7529) propose, au moyen d’une journée d’étude, d’explorer les multiples dimensions de l’IA par le regard croisé de quatre intervenants issus de disciplines complémentaires : histoire, sociologie, sciences cognitives et informatique. Il s’agira notamment d’examiner les ruptures historiques, d’analyser les logiques techniques à l’œuvre et de mettre en débat – à la lumière de travaux en sciences de l’éducation et de la formation – les conséquences sociétales et les effets de ces bouleversements sur les apprentissages et les compétences professionnelles.

En favorisant une lecture pluridisciplinaire, cette journée vise à nourrir une réflexion collective sur les transformations en cours et à questionner les enjeux éducatifs, éthiques et politiques de la professionnalisation à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle ambitionne également d’éclairer, au-delà des discours techno-enthousiastes ou alarmistes, la manière dont l’IA redéfinit les contours du savoir, les pratiques professionnelles et les processus éducatifs dans nos sociétés contemporaines.

 
Les résumés des interventions que nos 4 intervenants proposeront demain... 

Intervenant 1 : Vincent Guigue

L’évolution des techniques de machine-learning ces dix dernières années est stupéfiante : une rupture aussi brutale n’a probablement jamais été observée dans l’histoire des sciences. Ces avancées déferlent sur la société dans son ensemble et posent à la fois des défis techniques et pédagogiques pour les rendre acceptables. La recherche de Vincent Guigue est très appliquée et repose principalement sur l’apprentissage de représentation, un cadre général flexible permettant de travailler à cheval entre les modalités de données et de reproduire les résultats de l’état de l’art, tout en intégrant des contraintes métiers pour rendre ces architectures plus interprétables.
Cette communication vise à expliquer les bases du fonctionnement des modèles de langue par rapport à d’autres approches d’intelligence artificielle en reprenant l’historique qui a conduit à l’émergence de ces modèles. Ces outils ont pris une place importante dans la société, de l’éducation à l’industrie en passant par la sphère privée. Il est important d’étudier les différents usages associés à ces outils et de les questionner sous divers angles (économique, éthique, véracité ou polarisation politique) tout en soulignant les forces et les faiblesses de ces approches.

Intervenante 2 : Edwige Armand
 
Titre : Création, enseignement avec ou sans l’expérience des IAs
 
Résumé : Les modifications du rapport au réel, à la subjectivité et au corps par les techniques et les sciences sont des axes centraux dans sa recherche-création. La transversalité disciplinaire lui permet d’interroger plus largement les processus de création et les transformations des représentations que participent à véhiculer les arts. Pour raviver la dynamique des relations art-science, elle a co-fondé et préside depuis 2016 l’association Passerelle Art-Science-Technologie qui œuvre dans le rapprochement de ces disciplines et elle est impliquée également dans la Transversale des Réseaux Arts Sciences.
 
Intervenante 3 : Caroline Rossi

 
Titre : Penser à demain : intégrer l’analyse des usages et perceptions à la formation de traductaires pragmatiques. 

Résumé : La traduction automatique sème depuis plus d’un demi-siècle le trouble dans nos perceptions de l’avenir des métiers de la traduction, mais les grands modèles de langue et l’IA générative ont-ils changé la donne ? Ne s’inscrivent-ils pas plutôt dans la continuité des bouleversements induits par la traduction automatique statistique puis neuronale ? Après avoir analysé la construction sociale de chacune de ces technologies, et leurs impacts sur les métiers de la traduction, je présenterai les bénéfices d’une approche par l’analyse des usages et perceptions pour nos formations en traduction spécialisée, ou pragmatique. Je mettrai en perspective plusieurs études réalisées depuis 2017 pour montrer comment les observations que j’ai effectuées auprès de professionnels comme de groupes d’étudiant.es ont modifié mes enseignements. Enfin, je présenterai des dispositifs créatifs permettant d’impliquer les étudiant.es dans une réflexion sur leurs usages, et sur leurs façons d’appréhender l’avenir.

Intervenant 4 : André Tricot
 
Titre : Augmenter ou diminuer les capacités des humains ? Des gravures rupestres aux IA génératives

Résumé : La traduction automatique sème depuis plus d’un demi-siècle le trouble dans nos perceptions de l’avenir des métiers de la traduction, mais les grands modèles de langue et l’IA générative ont-ils changé la donne ? Ne s’inscrivent-ils pas plutôt dans la continuité des bouleversements induits par la traduction automatique statistique puis neuronale ? Après avoir analysé la construction sociale de chacune de ces technologies, et leurs impacts sur les métiers de la traduction, je présenterai les bénéfices d’une approche par l’analyse des usages et perceptions pour nos formations en traduction spécialisée, ou pragmatique. Je mettrai en perspective plusieurs études réalisées depuis 2017 pour montrer comment les observations que j’ai effectuées auprès de professionnels comme de groupes d’étudiant.es ont modifié mes enseignements. Enfin, je présenterai des dispositifs créatifs permettant d’impliquer les étudiant.es dans une réflexion sur leurs usages, et sur leurs façons d’appréhender l’avenir.